Echange avec Vincent Marquet, Expert recherche et prospective à l’Agence de l’eau Adour-Garonne

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"Et les effets du changement climatique se renforcent entre eux : étiages plus longs, milieux fragilisés, qualité de l'eau dégradée, capacités naturelles de régulation réduites."

Vincent MARQUET, Expert recherche et prospective à l’Agence de l’eau Adour-Garonne

Que nous disent concrètement les projections hydroclimatiques sur le bassin Adour-Garonne à horizon 2050, et quels signaux appellent aujourd’hui une attention particulière ?

Nous mobilisons les résultats du projet national Explore2, piloté par l’INRAE, qui actualise les connaissances sur les effets du changement climatique sur l’hydrologie en France. À horizon 2050, le régime de l’eau va changer. Le bassin Adour-Garonne est d’ailleurs considéré comme un « hotspot » du changement climatique. On s’attend à des étiages plus précoces, plus longs et plus sévères. Les débits pourraient diminuer de 20 à 40 % selon les territoires. Cela ne signifie pas qu’il n’y aura plus d’eau, mais que l’eau disponible au bon moment, au bon endroit et avec une qualité suffisante sera plus difficile à garantir. Si rien n’est fait, le déficit pourrait correspondre à une perte d’un litre sur deux par rapport aux volumes actuellement prélevés. 

Et les effets du changement climatique se renforcent entre eux : étiages plus longs, milieux fragilisés, qualité de l’eau dégradée, capacités naturelles de régulation réduites. Le risque est moins celui d’une crise ponctuelle que celui d’une fragilisation durable des équilibres territoriaux.

Entre sécheresses qui s’allongent, étiages plus sévères et pression sur les nappes et événements extrêmes, certains équilibres semblent déjà en train de basculer. Est-on encore dans une logique d’adaptation, ou faut-il parler de transformations plus profondes ?

Les deux termes ne s’opposent pas. Nous sommes bien dans une logique d’adaptation, avec un mix de solutions élaboré en fonction des territoires : sobriété, meilleure gestion des prélèvements, évolution des pratiques, restauration des milieux, solutions fondées sur la nature. Cette adaptation doit aussi intégrer les excès d’eau — infiltration des eaux pluviales, désimperméabilisation, prévention des inondations. Tout cela s’inscrit dans un cadre collectif : Plan d’adaptation au changement climatique, programme d’intervention de l’Agence, SDAGE. Mais les réponses ne peuvent pas être les mêmes partout. Dans certains territoires, il faudra accélérer les politiques engagées. Dans d’autres, où les vulnérabilités se cumulent et les marges de manœuvre se réduisent, il faudra changer d’échelle. Certains équilibres construits dans un climat passé ne seront pas reconductibles tels quels. L’enjeu n’est pas de dramatiser, mais d’organiser suffisamment tôt les choix collectifs qui permettront de préserver les usages essentiels, les milieux et la qualité de vie.

Vous intervenez à Lab’Eau sur les grands équilibres qui structurent aujourd’hui la gestion de l’eau. Qu’est-ce qu’un événement comme celui-ci peut apporter concrètement à la dynamique des acteurs de l’eau en Occitanie ?

Lab’Eau crée un espace de discussion entre des acteurs qui interviennent souvent à des endroits différents du cycle de l’eau. Collectivités, entreprises, gestionnaires, chercheurs et usagers n’ont pas toujours les mêmes contraintes ni les mêmes leviers d’action. Dans un contexte de changement climatique, ce décloisonnement est essentiel. Les réponses doivent être mises en cohérence avec l’état de la ressource, les besoins des territoires et le bon fonctionnement des milieux. En Occitanie, où les tensions sont déjà très présentes, Lab’Eau peut contribuer à accélérer l’action : partager les retours d’expérience, identifier les coopérations utiles, faire émerger des solutions éprouvées et adaptées aux territoires.

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